S’il est une trouvaille technologique qui bouleverse bien notre existence ou est en passe de le faire, c’est bien Internet. Il permet pratiquement de tout obtenir, parfois gratuitement, d’autres fois en payant des frais. Il permet même de rencontrer et d’épouser la femme ou l’homme de sa vie, qu’on croit juste à côté de nous, dans notre environnement immédiat, mais qui, en réalité, se trouve à l’autre bout du monde, à des dizaines de centaines ou à des milliers de kilomètres, souvent dans un pays de cocagne qui transforme radicalement notre vie en bien, mais hélas en mal quelquefois. Allons ensemble à la découverte de ces sites de rencontres éparpillés par centaines sur la grande Toile !
Sur le parvis de cette mairie du Languedoc-Roussillon, Yolande K. et Bruno P. viennent quelques minutes auparavant de se dire le « oui » sacramentel. Ils semblent très heureux de s’être mariés, en témoigne le sourire interminable qu’ils offrent aux regards des quelques personnes conviées à ces justes noces, mais surtout à l’objectif des deux photographes qui n’arrêtent pas de les mitrailler de leurs flashs, en cette fin de matinée automnale. Happée par une robe d’une blancheur immaculée, inondée d’une eau de Cologne forte et entêtante, la jeune Ivoirienne, plutôt frêle, est juchée sur des hauts talons aiguilles qui la portent à hauteur de son époux, un solide gaillard du terroir, au visage buriné et bouffi, preuve que Bacchus y a fait ses effets ravageurs. Pour tout dire, le couple est mal assorti. Mais les deux époux n’en ont cure. Tant pis : elle a son Blanc, il a sa Black. En tout cas, avec son air de bécassine, Yolande est aux anges. Son rêve, vieux de dix ans, vient enfin de se réaliser. Arrivée de son Didiévi natal sur les bords de
La récession économique avait fait d’Abidjan une des métropoles africaines sinon mondiales du vice. En Zone 4, à Cocody sur les grands boulevards, aux Deux plateaux à
La crise du 19 septembre 2002 et son cortège d’insécurité qui gangrène la ville, ne maintiendront que les plus audacieuses de ces filles de joie dans les rues. Pourtant l’amertume des autres, de la grande majorité, ne sera que de courte durée. D’autant que ces dernières découvrent avec beaucoup de bonheur les charmes de l’Internet. La grande Toile leur offrant la possibilité, sans risque apparent, d’entrer, grâce à un seul clic, en contact avec un correspondant qui devient très rapidement un client occasionnel, un souteneur, voire un mari, pour celles qui ont un coup de bol. Yolande K. fait partie de ces aficionados des sites Internet de rencontre, qui auront réussi à réaliser leur rêve. Internet pouvant permettre, sans trop d’anicroches, de réaliser ce parcours qui, pour de nombreuses femmes, relève de la croix et de la bannière : partir de l’hôtel à l’autel.
Pour sûr, la drague et la conquête de l’âme sœur, étant des pratiques aussi vieilles que Mathusalem, les sites de rencontres et leurs déclinaisons « chat » (dialogue en direct), sont les plus visités au monde. Les adresses ne manquent pas. En arrivant sur ces sites, un petit encadré s’affiche dans lequel vous précisez votre sexe, votre âge, votre région et ce que vous recherchez. Autorisons-nous une petite démonstration : vous êtes un jeune cadre dynamique BCBG (bon chic bon genre) à qui le boulot ne laisse aucun répit pour sortir et espérer rencontrer la femme rêvée. Ou bien vous êtes un homme au tempérament ardent, ayant un cœur d’artichaut et amoureux des onze mille vierges. Vous recherchez une femme de telles caractéristiques, habitant votre région, votre pays ou ailleurs. Sans vous inscrire sur le site de votre choix, il vous est proposé quantité de pages de photos de femmes collant à vos critères. Il ne vous reste plus qu’à procéder au choix de celle ou celles qui vous attirent. Comment ? Eh bien, vous faites défiler les photos et paf, coup de foudre, la photo de la femme de vos rêves est là, sous votre nez ! La belle Camerounaise Angelina ou Françoise l’Antillaise au sourire ravageur (capable de pousser un curé à jeter le froc aux orties) doit être votre épouse, quoi qu’il vous en coûte. Hélas, en cliquant sur l’adresse email de l’une ou l’autre, vous vous rendez compte que vous n’êtes pas autorisé à l’obtenir sans vous inscrire. Si vous voulez entrer en contact avec ou accéder à plus amples informations sur celle qui vous fait pâlir de désir, vous devez vous inscrire dans le site. Il suffit de créer un pseudonyme, de donner un certain nombre d’informations sur vous, d’indiquer votre email et de certifier que vous êtes majeur. Et voilà, vous êtes désormais autorisé à écrire à Angelina ou à Françoise, ou à dialoguer directement avec elles, s’il existe la possibilité de « chater » (dialoguer) sur ce site.
Certains sites sont entièrement gratuits, comme www.abcoeur.com, www.drague.net, ou www.123love.com. D’autres sont payants. C’est le cas de www.match.com, www.meetic.fr ou www.netclub.fr. Si la quasi-totalité de ces sites sont d’inspiration européenne ou occidentale tout court, il existe de plus en plus de sites conçus par les Africains à l’intention d’internautes recherchant de belles africaines ou des hommes noirs à la virilité mythique. Dans cette catégorie, on peut citer deux sites qui font partie du nec plus ultra : www.afrointroductions.com et surtout www.missebene.net, un site de dialogue et de rencontre avec des femmes noires, africaines et antillaises. Des milliers d’annonces de rencontre de filles black célibataires sont sur ce site, qui, précisons-le, n’est pas une agence matrimoniale. La plupart de ces femmes africaines recherchent une rencontre sérieuse pouvant aboutir à un mariage mixte comme celui de Yolande K. et Bruno P.
Sur les sites de rencontre, les personnes inscrites s’affublent d’appellatifs aussi subjectifs que cocasses. Par exemple : Angedemidi, A2cbi1a3cmie, Bleueye, Kisslove, Douce69, Exhibfeline et Doliprane, pour les femmes ; Alahussarde, Unmasseur, Moetetchandon, Bomec, Delicieux2, Epicurien69, et Foryou, pour les hommes.
La typologie des personnes qui visitent les sites de rencontre fait apparaître un bon nombre de prostituées occasionnelles ou professionnelles. Dans notre société où le goût du fric a cannibalisé l’amour, elles s’en sortent plutôt bien grâce au net. À côté de celles-là se trouvent des personnes irréprochables, hors d’atteinte, comme des étudiants et étudiantes, des jeunes cadres célibataires fatigués de coiffer Sainte Catherine ou de porter la crosse de Saint Nicolas. C’est le cas de Chantal D., en année de Licence à l’UFR des sciences juridiques de l’Université de Cocody. Elle rêve d’aller poursuivre ses études en France, et n’ayant pas les moyens d’une telle ambition, elle espère décrocher la double timbale en se trouvant non seulement un époux européen, mais également un homme bourré aux as qui financerait ses études. Jean Claude A. est lui aussi abonné aux sites de dialogue direct. Son site de prédilection est www.123love.com. Toujours connecté entre midi et deux, au point de se passer du déjeuner, il veut lui, croiser une ivoirienne, jeune cadre comme lui ou à défaut, une étudiante en fin de deuxième cycle de l’université ou d’une grande école. Quant à Michel S., presque la cinquantaine, comptable dans une entreprise abidjanaise, il a failli laisser des plumes dans un récent divorce mal négocié, et tente de se rattraper aux branches, du moins moralement, en se connectant régulièrement sur www.nostalgie.fr , un des sites préférés des jeunes filles à peine sorties de l’âge tendre, dotées généralement d’une beauté qui aiguise l’appétit, et qui dans le rôle de grandes coquettes, s’en laissent conter dans une candeur et une niaiserie attristantes. C’est bien souvent que leurs correspondants ou interlocuteurs d’un jour, leur proposent la botte, parfois pour juste de quoi manger du poisson braisé à l’attiéké, ou simplement en échange d’une promesse de liaison ou même de mariage (nous ne charrions pas dans les bégonias) qui n’est jamais tenue.
Restons dans le registre des déçus du net pour faire remarquer que toutes les filles qui recherchent l’âme sœur via le net, n’ont pas la veine de Yolande K. Certes, certaines parviennent à rejoindre leur Blanc en France, en Belgique ou en Italie, mais sur place, c’est la bérézina, parce que le temps qu’elles ne réalisent qu’elles se retrouvent dans un réseau de prostitution, il est parfois trop tard. Et quand elles réussissent à sortir de cette nasse, faute de soutien, elles finissent généralement par atterrir au Bois de Boulogne ou à Pigalle, hauts lieux de la prostitution parisienne, pour leur propre compte cette fois. Marie Thérèse, belle jeune femme Dida qu’on aurait dit descendante directe de la belle Aphrodite, peut se considérer comme une miraculée. Partie rejoindre Jean Paul qui s’était présenté à elle comme responsable commercial au marché de gros de Rungis, elle déchantera bien vite, découvrant que « son » homme était en réalité un grand dealer fiché et recherché par la police. Il aura fallu une descente musclée de quelques éléments de la brigade de lutte contre les stupéfiants, dans le grenier que le couple occupait à Créteil, pour que la pauvre se rende compte de ce qui lui arrivait. A défaut d’un séjour dans l’univers carcéral de Fresnes ou de Fleury-Mérogis, elle n’eut droit qu’à un rapatriement en bonne et due forme.
Qui vous a dit que la recherche de l’âme sœur est orientée uniquement vers des êtres du sexe opposé ? Détrompez-vous ! Les personnes qui affectionnent les amitiés particulières (les homosexuels hommes et femmes) et bien entendu les biques et les boucs (les bisexuels), visitent en grand nombre les sites de rencontre dont certains leur sont spécialement dédiés : www.GayVox.com, www.cleargay.com, www.gay2424.com, www.lpourl.com, etc.
Il est vrai qu’avec l’apparition et l’introduction du net dans notre existence, des hommes et des femmes qui sont de vieux mariés, auraient aimé que cette merveille qu’est Internet existât au moment où ils faisaient la rencontre de leur conjoint ou conjointe. Afin d’avoir véritablement le choix comme la grande Toile le permet. En effet, grâce à Internet, un jeune homme sans emploi, éconduit par toutes les femmes qu’il courtise, peut avoir la chance inouïe de devenir l’époux d’une riche héritière canadienne ou californienne, et voir sa vie se transformer en un conte de fée. Tout comme une simple fille de ménage, une servante dans une famille bien modeste de Yopougon ou de Koumassi, peut un jour partager la vie d’un richissime américain ou européen, qui lui offre tout ce qu’elle n’aurait pas imaginé, même dans ses rêves les plus fous. Mais Internet peut également jouer des mauvais tours à certaines personnes. Il convient donc d’y recourir avec beaucoup de circonspection, et par-dessus tout, d’en connaître les tenants et aboutissants pour ne pas se laisser surprendre et abuser. A consommer donc avec modération !
Jacques MIAN
ATTENTION: article sous embargo !