A MES CONFRERES IVOIRIENS ET AFRICAINS DE
Si du point de vue de la production stricto sensu, la presse écrite quotidienne n’est pas capable de proposer des analyses pointues, des enquêtes bien enlevées et des reportages proches de la story américaine (le journaliste étant l’historien de l’instant, « le regardeur infini de la société » comme le dirait Victor Hugo), si elle veut donner dans le registre des médias chauds (radio et télévision) en se contentant d’annoncer et de « montrer » ce qu’on aura déjà entendu et vu, eh bien il faut militer pour sa suppression !
Afin que la presse écrite quotidienne ne se condamne pas à une mort certaine et inéluctable, ses animateurs devraient penser à prendre du recul par rapport à l’actualité brûlante (entendue et vue par le canal de la radio et de la télévision) pour proposer aux lecteurs un approfondissement de cette actualité sous diverses facettes ou angles d’attaque.
Evidemment, pour tenir un tel pari, il y a des conditions à remplir, au plan des moyens humains d’une part, financiers et matériels d’autre part.
Au niveau des ressources humaines, toute Rédaction digne de ce nom doit regrouper des journalistes bien formés, c’est-à-dire des personnes capables de collecter, de sélectionner et de traiter l’information selon les critères de communicabilité. De mon point de vue, une Rédaction qui propose un quotidien devrait se doter d’une équipe constituée de trois groupes de personnes. Les journalistes les moins expérimentés devant être affectés à la couverture des menus faits dans la cité. Leurs devanciers dans le métier, se réservant les enquêtes bien fouillées (en économie, société, sports et culture) et les grands reportages exigeant beaucoup de recherches et de déplacements à l’intérieur et parfois à l’extérieur du pays. Enquêtes et reportages soigneusement conservés au frigo et à publier j’allais dire à dose homéopathique, chaque semaine, chaque quinzaine ou chaque mois, afin d’alterner l’information factuelle et celle qui est moins périssable. De sorte qu’en réalité,
Aux plans financiers et matériels, il faut naturellement des moyens conséquents, à la mesure des missions que
Si on n’a pas les ressources nécessaires à la mise en musique des ambitions qu’on affiche, il faut songer à des regroupements au détriment de cette atomisation des moyens humains et matériels qu’il est donné d’observer. Une dizaine de quotidiens paraissant à Abidjan et disant presque tous la même chose, c’est à revoir !
Par ailleurs, l’information écrite doit être livrée avec élégance stylistique, de façon séduisante (pour en atténuer parfois la teneur, du point de vue de la responsabilité du journaliste), avec une certaine rigueur conceptuelle, car verba volant, scripta manent. Au demeurant, en s’efforçant d’écrire correctement le français ou l’anglais, le journaliste contribue à la formation, à l’apprentissage des locuteurs de la langue, à une époque où les librairies et les bibliothèques sont désertées.
On ne le répétera jamais assez : l’écrit doit concilier la forme et le fond. En être incapable devrait constituer un souci permanent pour mes confrères.
Jacques MIAN
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